Vers la co-construction des patrimoines, entre théories et pratiques

Les 29 et 30 juin 2016, Colloque à Cergy-Pontoise

Le colloque Vers la co-construction des patrimoines, entre théories et pratiques se déroulera à la Maison internationale de la Recherche à Cergy-Pontoise les 29 et 30 juin 2016. Ce colloque pluridisciplinaire clôture un projet de recherche, intitulé « La patrimonialisation en question : entre culture experte et culture habitante », financé par le ministère de la Culture et de la Communication, dans le cadre de l’appel à projets lancé par le GIS IPAPIC 2014 sur « L’interculturalité dans les processus de patrimonialisation ».

Ce colloque souhaite interroger et mettre en débat le croisement des expertises dans la production contemporaine des patrimoines, à l’aune de la diffusion du paradigme participatif dans l’action publique. Depuis quelques décennies, les processus de patrimonialisation semblent gagner en complexité en articulant des regards, méthodes et pratiques portés par des acteurs très différents. Ces co-constructions patrimoniales doivent être analysées d’un œil critique.
À des niveaux différents, les processus de sélection, de conservation et de valorisation d’objets désignés comme patrimoines intègrent de plus en plus fréquemment des formes d’expertises variées et participatives, qu’elles soient initiées par des professionnels, des chercheurs, des institutions ou par d’autres acteurs, issus de la société civile (habitants, associations…). De façon parfois très volontariste et impérative (Unesco, Convention de Faro), et en réponse à des enjeux multiples, la fabrique patrimoniale contemporaine est conçue, théorisée et pratiquée comme une co-construction impliquant des acteurs porteurs de types de savoirs considérés dans leur complémentarité.
Dans un contexte de mondialisation des flux, d’accroissement des mobilités, d’émergence de sociétés « multiculturelles » et de métropolisation des territoires, les identités, les appartenances et l’idée même de nation sont réinterrogées. Théories et pratiques patrimoniales « participatives » questionnent ce qui fait patrimoine pour les groupes sociaux minoritaires ou marginalisés, les catégories ne partageant pas les représentations d’acteurs dominants ou experts, ou encore les habitants d’espaces peu reconnus pour leur qualité patrimoniale (banlieues, périphéries urbaines, marges…). Au-delà, ces démarches visent surtout à rendre actives, visibles et impliquées des catégories « invisibles », « sans voix » ou « peu légitimes » dans la patrimonialisation. On peut dès lors questionner ces processus de co-construction sous l’angle de la mobilisation, de l’engagement et du militantisme.

La co-construction du patrimoine est dès lors pensée comme un enrichissement des discours sur le passé, lequel est fortement articulé avec le présent, et relu à l’aune des enjeux du présent. Ces mobilisations du passé impliquant le partage et la production collective des savoirs, la (ré)intégration de récits particuliers, minoritaires ou occultés dans le « grand récit » patrimonial, reposent sur des pratiques culturelles et sociales (tourisme « alternatif » ou « participatif », collectes, balades urbaines…) renouvelées et la production de nouveaux espaces d’échanges entre acteurs. Nous souhaitons les explorer, de même que les discours qui les sous-tendent et leurs effets socio-spatiaux.
Ce colloque permettra d’interroger les méthodes, les espaces et les dispositifs mis en œuvre pour permettre la co-construction patrimoniale : celle-ci ne relève-t-elle pas d’un échange « interculturel » qui implique souvent un « bousculement » des pratiques, des cultures professionnelles ou des traditions disciplinaires et la remise en question de catégories héritées ? Chercheurs, professionnels et spécialistes acceptent-ils si facilement la « parole habitante », l’intégration d’autres discours, compétences ou formes d’expertise, à leurs approches ? Surtout, comment s’opèrent les échanges entre acteurs et la circulation des savoirs ? Comment s’envisagent le repositionnement de l’expert/professionnel/scientifique au sein du collectif, dans les interactions/négociations/conflits avec les autres acteurs, et la remise en question de son autorité ? Quelles en sont les limites et les aspects problématiques ? La co-construction interroge notamment ce qui, dans la diversité des formes d’attachements à l’espace ou aux objets, peut faire patrimoine : usages et pratiques du quotidien, goûts, savoirs vernaculaires. Mais alors comment concilier/croiser ces derniers avec les savoirs construits selon les critères professionnels, les méthodes scientifiques ou les normes institutionnelles ?

Enfin, la variété des « cultures participatives », la multiplicité des traditions disciplinaires et des conceptions du patrimoine, sans oublier la complexité des constructions identitaires contemporaines (nationales, locales, personnelles…) se traduisent par une grande diversité de pratiques en Europe et dans le monde. Le colloque propose donc d’envisager ces questions dans une approche comparative et en faisant intervenir chercheurs et praticiens issus de contextes nationaux différents.

Renseignements

Université de Cergy-Pontoise
Laboratoire de géographie MRTE
Elizabeth Auclair
elizabeth.auclair@u-cergy.fr
coconstructiondespatrimoines@gmail.com

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