Des musées d’arts industriels aux collections d’arts décoratifs : les enjeux de la valorisation patrimoniale d’un passé industriel

Journée d’études le 30 mars 2017 à Mulhouse

Le centre de recherches sur les économies, les sociétés, les arts et techniques (CRESAT) de l’université de Haute-Alsace organise le 30 mars 2017 à Mulhouse une journée d’études consacrée au thème : Des musées d’arts industriels aux collections d’arts décoratifs : les enjeux de la valorisation patrimoniale d’un passé industriel.

L’histoire récente des musées d’Arts décoratifs résulte des débats sur la place du musée dans la formation des ouvriers d’art. Les principaux musées d’Arts décoratifs en Europe ont été édifiés pour rassembler des chefs-d’œuvre du passé dans le but de contribuer à l’édification du goût : le South Kensington Museum de Londres (1851), le Osterreichisches Museum für Kunst und Industrie de Vienne (1864) ou encore le projet de l’Union centrale des beaux-arts appliqués à l’industrie. L’ouverture de ces musées avait pour but de proposer des modèles représentatifs de l’histoire des arts décoratifs pour les élèves et les professionnels, selon une vision défendue par Marius Vachon (Nos industries d’art en péril. Un musée municipal d’études d’art industriel. Paris : L. Baschet, 1882) ; ainsi le musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne est pensé par Marius Vachon selon ce schéma lorsqu’il réorganise en 1889 le « musée de fabrique ».

Mais en 1905, l’installation définitive des collections du musée de l’Union Centrale des Arts décoratifs à Paris dans le pavillon de Marsan marque une évolution dans la valeur accordée à l’objet qui acquiert le statut d’œuvre d’art, exposé en tant que tel. La question de la formation des ouvriers d’art n’est pas pour autant abandonnée, mais elle s’incarne davantage dans l’installation de la bibliothèque spécialisée. Le musée parisien est révélateur d’un engouement pour les collections d’Arts décoratifs, constituées le plus souvent comme un département du musée des Beaux-Arts, mais qui parfois obtiennent leur autonomie avec l’ouverture d’un musée spécialisé comme à Strasbourg dans le Palais de Rohan (1898), à Lyon (1925), à Nantes (1924-1972), à Bourges (1951), à Nancy avec le musée de l’École de Nancy (1954), à Bordeaux (1955).

Il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour que l’attrait pour les Arts décoratifs et la valorisation d’un passé industriel donnent lieu à des redéploiements de collections ou à de nouvelles initiatives. Des collectivités territoriales et des associations s’emparent de ces questions pour mettre en œuvre des politiques patrimoniales en faveur de productions encore en activité ou appartenant au passé industriel. L’évolution du contexte a contribué à modifier les enjeux muséographiques, le musée est passé de la vitrine de l’excellence à la réception d’un patrimoine, soumis aux aléas de la conservation, notamment dans le contexte des fermetures d’usines et de délocalisations. Enfin durant les années 2000-2010, on assiste dans toute la France à de nombreux chantiers redéployant les collections des musées d’arts industriels du XIXe siècle tandis que des collections d’Arts décoratifs sont installées dans de nouveaux bâtiments : on peut citer la rénovation en 2001 du musée d’Art et d’Industrie de Saint-Étienne qui a permis la valorisation des trois grandes collections (armes, cycles et tissus) liées à l’histoire industrielle de la ville, la même année voit l’ouverture de la Piscine musée d’Art et d’Industrie à Roubaix ; en 2005, le musée des Arts décoratifs de Paris rouvre après huit ans de travaux. En 2012, c’est au musée national de Porcelaine Adrien Dubouché dont les collections datent de 1854, de rouvrir après la construction d’un nouvel espace, en s’inscrivant dans une collaboration avec la Cité de la Céramique de Sèvres. La preuve de cet engouement pour les Arts décoratifs et le Design est la rénovation à Marseille du château Borely qui rassemble depuis 2013 les collections d’Art décoratif éparpillées dans les différents musées de la ville, complétées par des dépôts, notamment pour les périodes les plus récentes. Autant de projets révélateurs des politiques de valorisation d’un patrimoine ainsi que de l’intérêt du public pour les arts décoratifs.

Cette journée d’études aura pour principal objectif de revenir sur l’histoire complexe de ces collections. Elle sera organisée autour de plusieurs grands chapitres :

  • La constitution des collections d’Arts décoratifs en Europe et le rôle des personnalités, journalistes, collectionneurs ou politiques ;
  • L’évolution des objets et documents conservés, la valorisation des savoir-faire, des techniques de productions ;
  • La définition du musée par rapport à celui des beaux-arts, un parcours encyclopédique ou spécialisé ;
  • Le statut de l’objet dans la muséographie et dans la conception des collections ;
  • La place des industries du luxe dans les musées, notamment dans les cas de valorisation d’une industrie locale ;
  • L’apparition des objets contemporains, du Design et la conservation des fonds d’archives.

> Journée d’études le 30 mars 2017 à Mulhouse

Renseignements

aziza.gril-mariotte@uha.fr

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