La prescription culturelle en question

Colloque du 5 au 7 avril 2017 à Dijon

Organisé par le Groupe d’Études sur la Prescription de la Maison des Sciences de l’Homme de Dijon, avec le soutien de l’université de Bourgogne-Franche-Comté et des laboratoires CIMEOS et GERIICO de l’université Lille 3, le colloque La prescription culturelle en question aura lieu à Dijon les 5, 6 et 7 avril 2017.

L’Europe des XVIIe et XVIIIe siècles a été le théâtre de ce que l’on désigne usuellement par le terme de Révolution Scientifique, tout à la fois un nouveau régime de connaissance, d’organisation sociale et de rapport au monde. L’une des manifestations les plus significatives de cette cosmogonie s’est traduite par l’essor, la professionnalisation croissante de la sphère scientifique et son corollaire la disqualification des savoirs populaires. En parallèle, les différentes variantes de la philosophie des Lumières, qu’elles soient cartésiennes ou plus expérimentales, ont insisté sur l’importance de l’éducation, l’inéluctabilité du progrès et la fiabilité des savoirs scientifiques. Ce processus de constitution et de légitimation de corps d’experts professionnels s’est approfondi tout au long du XIXe siècle et notamment dans ce qu’on appelle communément sphère culturelle ou encore art. Trouvant place dans l’espace public et dans des marchés dédiés, la production, la circulation et la consommation de biens culturels a coïncidé avec l’essor d’une multitude d’organismes (état, musées, bibliothèques, écoles, fondations, galeries, éditions musicales, presse, médias…) et de personnes (critiques, historiens de l’art, libraires…) chargés de conseiller et de former le public (et les marchés) de l’art.

Une vaste galaxie qui doit être pensée comme un continuum où prennent place tant des prescripteurs que des consommateurs engagés dans des relations donnant lieu à d’incessantes reconfigurations. Tout au long du XXe siècle, tout du moins dans les pays qui avaient accès à ces ressources, l’essor de l’industrie des spectacles et de la musique, de la radio, du cinéma, de la télévision, de l’offre muséale et plus généralement des réseaux de communication a impliqué une forte diversification des modes de prescription culturelle et de leur circulation. Si ce mouvement a soutenu le développement de métiers et de réseaux de prescription, il a également été accompagné de formes profanes d’expertise, de modalités plus ou moins équipées de médiation du savoir et de la culture, d’une économie informelle du conseil entre pairs. De ce fait, les amateurs-consommateurs ont appris à élaborer et organiser leurs univers artistiques et à faire leurs choix en combinant des formes diverses de prescription – critiques professionnels, littérature académique, médias, participation à des formes collectives d’évaluation, fanzines, conseils d’amis…
Le développement des dispositifs communicationnels propres à l’Internet et leurs usages ont reconfiguré, disséminé et multiplié les médiations et les formes de prescription. Tout ce faisceau de pratiques brouille ainsi les frontières traditionnelles entre pratiques professionnelles et amateures de la prescription.

Ce colloque se propose de décrire, discuter et analyser différentes formes de prescription culturelle que celles-ci soient traditionnelles ou émergentes et ce dans un contexte de globalisation croissante et de crise de l’expertise.
Pour cela, nous proposons une série de questions et d’hypothèses afin d’aborder de façon panoramique et ouverte la prescription culturelle :

  • Tout d’abord, comment définir la prescription culturelle ? S’agit-il plutôt d’un échange d’informations, de connaissances, de formes spécifiques d’expertise, de critique journalistique ou académique, de recommandations normatives ou d’injonctions commerciales, d’actions et de techniques qui soutiennent des réputations voire des marques ? Peut-on (ou pas) articuler ces différentes entrées ou étapes ? Que nous disent ces différentes déclinaisons du périmètre même de la culture ? Comment les différentes approches disciplinaires – information et communication, media studies, sociologie, histoire des arts, humanités numériques – contribuent-elles à nous informer sur ces processus ?
  • En deuxième lieu, se pose la question de savoir qui délivre ces prescriptions et dans quels espaces ? S’agit-il d’institutions, d’entreprises, de médias, de personnes particulières, de groupes sociaux (les fans d’une série TV regroupés sur la toile), de dispositifs techniques (le programme de saison d’un théâtre, des moteurs de recherche, des préconisations algorithmiques d’achats sur la toile), de productions artistiques (un film, une série télévisée, un disque de David Bowie) ? Comment décrire et qualifier les spécificités de ces différentes entités ? Peut-on repérer des langages, des objets, des canaux d’information, des discours qui seraient privilégiés par tel ou tel type de prescription ? S’agit-il essentiellement de gate keepers dont la fonction consisterait à sélectionner, et donc à éliminer, les bons produits ? Qu’en est-il de l’efficience de ces différents prescripteurs et peut-on les comparer ?
  • Troisièmement : qu’en est-il de la relation qui unit prescripteurs et destinataires ? Comment décrire les interactions, les formes d’appropriation, les usages des contenus prescrits à l’échelle individuelle ou collective ? Comment apprécier la dimension prescriptive des groupes de fans, des communautés d’usagers, et plus généralement des formes de mutualisation de savoirs, en et hors ligne ? Peut-on considérer que ces interactions infléchissent les modalités mêmes de la prescription ? L’analyse comparée des dispositifs de prescription d’avant et d’après le Web permet-elle de repérer des transformations dans les processus cognitif ou décisionnel ? Quelles formes de résistance, de détournement et d’autonomie le consommateur/amateur/public manifeste-t-il à l’égard de ces différents dispositifs ?
  • Ensuite, dans un monde d’hyperchoix culturel comment les consommateurs/trices s’y prennent-ils/elles pour repérer les prescripteurs capables de les orienter ? Quelles sont les modalités selon lesquelles les usagers accordent leur confiance à des prescripteurs ? Quels types de pratiques informationnelles et quels objets sont ainsi mobilisés sur et hors la toile ? Dans un contexte d’extension du Web, comment analyser la place respective des pratiques professionnelles et amateures d’une part, et leurs relations, d’autre part ?
  • Enfin, compte-tenu des pratiques et de leurs transformations, qu’est-ce que la prescription culturelle nous dit de la culture, de ses modes de diffusion, de consommation, de ses différentes incarnations ?

À partir de ces différentes pistes, les communications donneront à voir et à comprendre ce que l’on pourrait appeler la chaîne de prescription, c’est-à-dire l’ensemble des acteurs, des techniques, des discours et leurs interactions qui donnent corps à une ou des prescriptions. Par exemple, un blog culturel implique non seulement un bloggeur, une blogosphère, des internautes mais aussi des commentaires, des liens, des contenus récurrents, un fournisseur d’accès, des sites de recensement, la mesure de l’audience et de la notoriété sur la toile… Considérer la prescription comme une série d’interactions amène probablement à s’interroger également sur la façon dont les prescripteurs sont (in)formés et à s’intéresser aux façons dont les usagers analysent et discutent leurs propres relations aux productions artistiques. Enfin, dans une perspective comparatiste, des travaux traitant des différences d’énonciation et de pratiques dans différents pays enrichiront les perspectives de ce colloque.

Renseignements

Colloque les 5, 6 et 7 avril 2017 à Dijon

Contact : francois.ribac@u-bourgogne.fr

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