Chronologie

Quelques repères chronologiques sur la structuration muséale de la culture scientifique et technique en France.

Est-il nécessaire de le rappeler, la culture scientifique relève de plusieurs registres de diffusion, pour commencer de celui de l’éducation et de la formation bien évidemment (cf. l’histoire de l’enseignement des sciences), mais aussi de celui de la vulgarisation dont on omet très souvent la portée et l’efficacité sociétales (premiers ouvrages publiés à partir du XVIe siècle, puis revues et périodiques à partir du XIXe avec l’apparition du journalisme scientifique) notamment grâce aux médias.

Mais le registre muséal, dans la plus large extension et diversification de ses formes, constitue de manière tout à fait privilégiée le cadre d’expression, de visibilité, de la structuration institutionnelle de la CSTI. On peut tenter d’en brosser à grands traits, le processus historique, en soulignant à quel point, en France comme ailleurs en Europe, le musée scientifique en est l’élément fondateur.

Des cabinets de curiosités aux muséums

Frontispice de Musei Wormiani Historia montrant l'intérieur du cabinet de curiosités de Worm.

En effet, aux origines, le musée, institution du savoir bien avant d’être celle du patrimoine, ce musée donc n’est que science, et la science se constitue, en partie du moins, à partir de la collection, comme en témoignent les cabinets de curiosités des XVIe et XVIIe siècles, dont l’Ashmolean museum d’Oxford (1683), premier musée universitaire au monde, est l’héritier.

En France, c’est la création en 1635 du Jardin royal des Plantes médicinales, que Buffon dirigera jusqu’à la veille de la Révolution, qui est considérée comme l’acte fondateur de ces institutions scientifiques, essentiellement naturalistes, qui naîtront peu à peu à travers le territoire national (14 villes sont dotées d’un muséum d’histoire naturelle à la fin du XVIIIe siècle).

La Révolution, et très précisément la Convention, consacrent de manière décisive l’importance de l’institution muséale pour la Nation, et les sciences et les techniques se voient dotées de deux temples majeurs : le Muséum d’Histoire naturelle (1793), qui succède au Jardin du Roi, et le Conservatoire des Arts et Métiers (1794), sous l’impulsion de l’Abbé Grégoire.
Mais à l’échelle du territoire est également instauré en 1795 le principe de la création dans chaque département d’une École centrale disposant d’une bibliothèque et d’un cabinet d’Histoire naturelle.

Le courant de création d’institutions muséales scientifiques à travers la France se poursuit au XIXe siècle et de 1800 à 1897, 82 nouveaux muséums voient le jour.

L’émergence de la dimension industrielle

Le Chateau d'eau and plaza, Exposition Universal, 1900, Paris

Mais c’est aussi la promotion de la révolution industrielle qui s’exprime tout particulièrement à la faveur des expositions universelles, avec à chaque édition, des attractions emblématiques : 1835 (Palais de l’Industrie), 1878 (Gare du Champ de Mars, Galerie du travail, Trocadero), 1889 (Galerie des machines et Tour Eiffel), 1900 (Palais de l’électricité – Pavillon des Arts décoratifs).
De 1853 à 1889, 7 grands musées d’art et d’industrie sont également ouverts en province.

À partir de la fin du XIXe siècle, l’institution scientifique moderne émerge progressivement et sa spécialisation s’exprime à travers les premières grandes institutions (1888 : Institut Pasteur, 1909 : Institut du radium) et par les prémices de l’organisation systématique de la recherche (1901 : Loi Audiffred sur la création d’une Caisse des recherches scientifiques, préfiguration du futur CNRS).
Mais les musées scientifiques et leurs collections, qui jusqu’alors étaient étroitement associés à la recherche, se trouvent peu à peu marginalisés. De plus, la dimension industrielle du premier conflit mondial préfigure la malédiction du désenchantement qui frappera plus tard.

L’Entre-deux-guerres ou le renouveau muséal

Pourtant, dans l’effervescence politique et culturelle de l’Entre-deux-guerres (1936 : Front populaire) va naître une institution de culture scientifique d’un type nouveau, conçue grâce à l’intuition militante de Jean Perrin (Prix Nobel de Physique 1926), le Palais de la Découverte (1937), par lequel il ambitionne de « faire sortir la science des laboratoires » pour la donner à voir « en train de se faire ». C’est un musée d’un type nouveau, sans collections, qui naît ici.

Mais ce renouveau muséal ne concerne pas que les sciences dures. Pour la première fois, les sciences humaines trouvent également leur place à travers la création par Paul Rivet en 1937 du Musée de l’Homme (Préhistoire : l’Homme dans sa chaîne évolutive, Anthropologie biologique : l’Homme dans son unité et sa diversité, Ethnologie : toutes les cultures sauf domaine français) et par la création la même année par Georges Henri Rivière du Musée des Arts et Traditions Populaires (ethnologie du domaine français).

Cependant, la déflagration du second conflit mondial, qui est redevable encore plus nettement qu’en 14-18, aux ressources de la recherche scientifique et industrielle (le Zyklon B de la Shoah, la bombe d’Hiroshima, par exemple), révèle crûment le versant noir du progrès et ses conséquences : la perte de confiance et le désenchantement.

L’effervescence des Trente Glorieuses

L’après-guerre et surtout les fameuses trente glorieuses vont à la fois servir de cadre à un engouement pour la culture, avec des moyens étatiques et publics significatifs, mais vont aussi créer les conditions d’un nouveau clivage administratif en séparant les institutions de CST du reste des institutions culturelles. Ainsi, en 1959, André Malraux crée le ministère des Affaires culturelles à partir des services de l’Administration des beaux-arts que gérait jusqu’alors le ministère de l’Éducation nationale, mais le même ministère conserve la gestion des musées scientifiques (MNHN, Palais de la Découverte, CNAM…) et la tutelle sur les muséums de province. Cette marginalisation historique marquera durablement le paysage.

Dans le même temps, les mouvements militants de l’éducation et des loisirs populaires, héritiers des années 1930, sont particulièrement investis sur les thèmes de culture scientifique. Cette effervescence créatrice (1947 : création de l’Association française d’astronomie – AFA, 1962 : de l’Association nationale des clubs scientifiques – ANCS, 1968 : de la Fédération nationale des clubs scientifiques – FNCS, 1974 : du Groupe de liaison pour l’action culturelle scientifique – GLACS, 1977 : de l’ Association nationale sciences techniques jeunesse – ANSTJ) et la compétence d’encadrement de ces mouvements constitueront des atouts majeurs pour la politique étatique qui sera mise en œuvre au cours des années 1980. Mais ce courant s’enrichira encore avec, par exemple, la création en 1985 du CIRASTI (collectif interassociatif pour la réalisation d’activités scientifiques et techniques internationales), mouvement français des exposciences.

1985 : Généralisation du modèle de CCSTI

À partir de 1981, le ministère de la Recherche (Jean-Pierre Chevènement) engage une vigoureuse politique de soutien et de développement de la CSTI (Loi d’orientation de la recherche du 16 juillet 1982 : art. 7 et 24… les métiers de la recherche doivent assurer « la diffusion de la culture et de l’information scientifique et technique dans toute la population »,1983 : Conseil national de la CSTI, 1985 : Programme de CSTI du ministre Hubert Curien,1985 : Généralisation du modèle de CCSTI).

C’est donc dans ce contexte que va être encouragé l’essaimage en régions de nouvelles structures de type CCSTI (Centres de Culture Scientifique, Technique et Industrielle), sur la base du prototype expérimenté à partir de 1979 à Grenoble, structures légères auxquelles on confie le rôle d’animateur du paysage, et que l’on peut se situer de fait à la croisée de plusieurs modèles : héritières à certains égards du Palais de la Découverte sur le plan muséal (pour celles qui disposent d’un équipement) mais aussi de l’éducation populaire.

En 1985 voit également le jour l’OCIM, créé à l’origine pour « remédier à l’isolement technique dont souffrent les musées… d’histoire naturelle de province », mais dont les compétences et les réseaux s’élargiront au point qu’il soit redéfini en 2010 comme « Centre coopératif d’information et de ressources professionnelles dans les champs du patrimoine et de la culture scientifiques et techniques Sciences et Société (muséologie/muséographie, médiation, conservation-restauration, recherche…» au service de l’ensemble des acteurs de la CST. En 2007 sera confié à l’OCIM la mise en place d’un Observatoire du Patrimoine et de la Culture Scientifiques et Techniques – OPCST.

Création de nouveaux grands équipements et rénovation des établissements historiques

Le 13 mars 1986, ouverture de La Cité des Sciences et de l’Industrie, conçue comme un très vaste équipement de culture scientifique et industrielle aux normes internationales, mais la fin du XXe voit aussi, et heureusement, aboutir la rénovation de grands établissements historiques, celle d’une part significative du Muséum national d’Histoire naturelle, à travers la Grande Galerie de l’Evolution en 1994, puis en 2000 celle du Musée national des techniques, rebaptisé ensuite Musée des Arts et Métiers.

Deux grands établissements nationaux, nouveaux et parisiens, ouvrent également leurs portes au cours des récentes années, dans les registres croisés de l’anthropologie, de l’ethnologie, de la sociologie, de l’histoire culturelle et interculturelle : le Musée du Quai Branly en 2006,  constitué à partir de deux grands ensembles de collections, celles de l’ancien Musée national des Arts africains et océaniens – MAAO (Porte Dorée), et surtout celles du Laboratoire d’ethnologie du Musée de l’Homme (250.000 pièces) et en 2007, la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration – CNHI, qui a pour mission de rassembler, sauvegarder, mettre en valeur et rendre accessibles les éléments relatifs à l’histoire de l’immigration en France, notamment depuis le XIXe siècle et de contribuer ainsi à la reconnaissance des parcours d’intégration des populations immigrées dans la société française.

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