Paysage général

Outre son hétérogénéité institutionnelle, le paysage de la Culture scientifique, technique et industrielle (CSTI) constitue un domaine complexe dont l’évaluation de l’impact est difficile, bien que son enjeu sociétal soit capital.

La CSTI en chiffres : est-ce possible ? Chaque année, le ministère de la Culture et de la Communication diffuse ses chiffres clés, établis par le Département des études, de la prospective et des statistiques (DEPS), serrés dans un très dense volume de 250 pages. Sans vouer un culte excessif aux éléments chiffrés, il semblerait normal de disposer d’un document équivalent pour appréhender statistiquement cette nébuleuse institutionnelle que constitue ce phénomène français original, la Culture scientifique, technique et industrielle (CSTI).

Un secteur caractérisé par son hétérogénéité institutionnelle

Les acteurs culturels de la CSTI, centrés à la fois sur :

  • les savoirs et les patrimoines issus de l’histoire et de la pratique des sciences mais aussi de la recherche contemporaine,
  • les savoirs et les patrimoines issus de l’histoire des techniques et des industries, mais aussi de l’innovation technologique,
  • les confrontations entre science et société et les débats qu’elles génèrent, sont héritiers :
  • d’un processus muséal et patrimonial historique pluri séculaire,
  • de politiques étatiques émanant pour l’essentiel des instances ministérielles de la Recherche (très significativement à partir de 1981),
  • de militances et d’engagements professionnels culturels, individuels et associatifs, dans les champs des sciences et des techniques.

Mais par ailleurs, ce domaine ne serait pas constitué sans :

  • des transversalités et convergences professionnelles spontanées
  • des coopérations et des synergies entre diverses polarités culturelles (les musées, le patrimoine, les centres de science dans leur plus large acception, le monde associatif, le monde éducatif, etc.)
  • des militances scientifiques et techniques spécifiques (chercheurs, ingénieurs, universités, institutions de recherche, monde industriel, etc.)
  • la coordination avec des pratiques éducatives et culturelles structurées (Education nationale, Education populaire),
  • l’appui de gestionnaires décideurs dont l’implication politique et budgétaire reste déterminante (collectivités territoriales tout spécialement).

Un paysage complexe dont l’évaluation de l’impact est difficile

Le domaine de la CSTI se présente en effet comme une trame de réalité, d’acteurs, d’institutions, de personnes, trame complexe, insaisissable du point de vue de son organisation et de sa gouvernance globales puisqu’elles relèvent d’une multitude de tutelles et de centres de décisions (Enseignement supérieur et Recherche, Education nationale, Culture et communication, Ecologie, Industrie, Santé, Tourisme, Ville, etc.) indépendamment des coopérations de terrain, au coup par coup ou structurées (souvent réellement efficaces). Mais seuls les professionnels s’y retrouvent.

Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le domaine de la culture scientifique, technique et industrielle ne soit   encore aujourd’hui ressaisi dans aucune récapitulation exhaustive organisée.

Pourtant, ce domaine culturel qui, paradoxalement, recoupe infiniment plus que tous les autres des enjeux sociétaux déterminants (la formation des jeunes aux sciences et aux techniques et leur orientation professionnelle, l’information de toutes les générations tout au long de la vie, la politique en matière de recherche et d’industrie, l’innovation, la responsabilisation citoyenne sur les choix environnementaux, technologiques et éthiques) constitue une nébuleuse difficilement descriptible et transmissible au non initié, et naturellement peu évaluable actuellement dans ses processus et ses résultats.

Un dispositif d’observation progressivement mis en place

Cette situation n’est pas une fatalité. Un dispositif d’observation de ce domaine culturel est possible. Il nécessite de disposer de quelques cadres auxquels rapporter des données, pour progressivement dégager quelques indicateurs.

C’est de ces cadres que se dote progressivement l’OCIM grâce à son Observatoire du Patrimoine et de la Culture Scientifiques et Techniques (OPCST).

Plusieurs angles d’attaque peuvent être envisagés pour engager cette observation (lire aussi Observatoire de l’OCIM : le participatif à l’oeuvre) :

  • celui de la logique interne des familles institutionnelles et professionnelles lorsqu’il s’agit d’acteurs exclusivement impliqués dans la CSTI (par ex : les planétariums ou les CCSTI), logique appréhendée par enquêtes ou par plateformes permanentes de recueil de données. Ce modèle d’approche est cependant inadéquat lorsqu’il s’agit d’acteurs dont le cœur de métier ne relève pas de la CSTI et dont l’implication de médiation est donc partielle, ce qui ne signifie aucunement que le service culturel rendu en ce domaine à la société n’est pas du plus haut intérêt ( par exemple, les acteurs du domaine de l’environnement : parcs nationaux, parcs naturels régionaux, CPIE, etc.)
  • celui l’action déployée dans les territoires, tous acteurs et toutes actions confondues, afin de saisir la diversité des différentes offres aux publics, les trames coopératives entre institutions, les synergies effectives, les maillages institutionnels, les dispositifs de coordination, la créativité et l’innovation développées, mais aussi éventuellement les faiblesses perceptibles (zones non couvertes, types de publics non atteints, thématiques non honorées, interactions faibles).
    À cet égard, le territoire régional représente l’unité d’observation la plus adéquate dans la mesure où elle constitue un espace d’actions souvent coordonnées par l’Assemblée régionale, en lien avec les services de l’Etat. C’est à cette échelle que pourrait  être appréhendée la question des politiques déployées en matière de CSTI, en fonction de la trame d’articulation des collectivités territoriales, Régions, Départements, Villes, mais aussi des services de l’Etat en région (DRRT, DRAC,etc.).
  • celui de l’observation de l’innovation et de la réactivité stratégiques globales des acteurs de la CST,  confrontés par exemple à certaines thématiques sociologiquement sensibles, notamment lors de crises (vache folle, sang contaminé, etc.). Mais une telle approche, en toute hypothèse, ne peut être envisagée dans des délais proches.

Cependant, pour très imparfaite qu’elle soit, une cartographie générale des institutions et des acteurs impliqués de près et de loin dans le domaine de la CSTI doit aussi être esquissée. Elle constitue une tentative provisoire, perfectible, d’appréhender ce domaine culturel et d’en fournir une photographie sommaire mais extensive.

39607efc74cd1e989ca1c636c335ba8fffffffffffffffffffffffffffff