Le projet “Utopia” au Familistère de Guise

Le projet “Utopia” consiste à donner au Familistère une ambition culturelle, touristique, économique et sociale.

Vers le milieu du XIXe siècle, un industriel, Jean-Baptiste-André Godin (1817-1888), nourri des pensées de Fourier et de Saint-Simon, met en pratique à Guise la première expérience d’utopie sociale à grande échelle en associant à un lieu de travail (l’usine Godin, fabriquant les célèbres poêles Godin) un Palais sociétal – quadrilatère de brique rouge construit à partir de 1859 et où seront logés jusqu’à 1 750 employés et leurs familles – pour former une société harmonieuse : habitation collective, buanderie-piscine, économats, jardin, nurserie, écoles, kiosque à musique et théâtre. Cette expérience durera, sous une forme coopérative, jusqu’en 1968.
La principale originalité du Familistère de Guise est la nature du projet Godin qui est une conception du monde et de la société humaine qu’il confronte à l’expérimentation, la matérialisation en organisation sociale et en formes architecturales. Le Familistère de Guise permet de voir comment les espaces de vie collective fonctionnaient : principalement l’habitat si caractéristique avec ses cours couvertes, ses coursives distribuant les appartements et ses fenêtres sur la vie commune. Mais aussi tous les bâtiments annexes : économats, théâtre, lavoir-piscine, écoles.

Le projet « Utopia » consiste à donner au Familistère une ambition culturelle, touristique, économique et sociale. Depuis 2000, le Conseil général de l’Aisne avec la Ville de Guise portent ce projet au travers d’un syndicat mixte avec le concours financier de l’État, de la Région Picardie et de l’Union Européenne et en partenariat avec l’association pour la Fondation Godin qui organise les visites du site et qui a pu acquérir grâce à l’aide publique, l’appartement de Godin dans le Palais social et un appartement témoin du logement au XIXe siècle.

Une étude commandée par la Ville de Guise avec l’aide du ministère de la Culture et de la Région, au Bureau d’Ingénierie Culturelle BICFL (Jean-Loup Pivin et Claudine Chaspoul), a tracé les grandes lignes conceptuelles du projet « Utopia » dans son ambition, son contenu et sa dimension financière et économique. Le projet scientifique culturel a été précisé par Frédéric Panni, conservateur du patrimoine pour le Syndicat Mixte du Familistère Godin. Le projet repose sur une thématique qui s’appuie sur l’expérience Godin et l’ouvre aux préoccupations et aux interrogations actuelles de nos sociétés sur leurs futurs. Le pari de la thématique d’« Utopia » est de croire que l’utopie, la pensée sur la société, les différents systèmes de projection de la société dans le futur, sous toutes ses formes (écrits, architecture, peinture, cinéma, expérimentations sociales…) intéressent tous les publics de notre époque. « Utopia » fait réfléchir sans donner de leçon et amène le visiteur à relativiser les affirmations, à douter, à travers une lecture de l’histoire moderne de Godin mais aussi de toutes les utopies sociales à travers le temps et l’espace, à travers le monde et l’histoire.

Après la rénovation et l’ouverture au public des bâtiments des économats – aménagés en accueil, librairie et boutique – (2006), du kiosque à musique (2007) et de la buanderie-piscine – qui propose une exposition sur le thème de l’hygiène – (2008), l’appartement occupé par Godin à partir de 1878 au premier étage de l’aile droite de son Palais social vient d’être réhabilité sous la direction de l’architecte Luca Lotti : les volumes originaux (bureau, salon, salle à manger…) ont ainsi été retrouvés et les éléments décoratifs (moulures des plafonds, plinthes et parquet) préservés ou restitués.

La réouverture de l’unité d’habitation du pavillon central en mars 2010 puis la rénovation du théâtre sont les prochaines étapes d’un projet dont l’objectif à terme n’est pas de transformer le site du Familistère en musée, mais de créer un musée qui soit l’instrument de la valorisation publique du site et l’occasion d’une amélioration ou d’un développement de sa pratique pour les usagers résidents ou les visiteurs. Musée de site, il doit susciter la découverte d’un patrimoine monumental remarquable et faire découvrir son histoire sociale et industrielle jusqu’au temps présent. L’aventure familistérienne pose par exemple avec force la question de la participation de l’individu dans l’entreprise collective. Elle montre aussi de façon exemplaire la relation qu’une société entretient avec son architecture. Le musée de ce site doit établir des passerelles entre le réel et l’utopie, le passé et le présent, l’expérience de chacun et l’expérimentation collective.

Renseignements :
Familistère de Guise
02120 Guise
téléphone + 33 3 23 05 85 90

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