Le moment du patrimoine ethnologique

Colloque du mercredi 7 au vendredi 9 décembre 2016 à Dijon

Organisé par Centre Georges Chevrier (UMR CNRS uB 7366) de l’université de Bourgogne et l’Institut interdisciplinaire d’Anthropologie du contemporain, le colloque Le moment du patrimoine ethnologique aura lieu du 7 au 9 décembre 2016 à Dijon.

À donner du crédit à l’hypothèse selon laquelle, à partir des années 1960, sous l’impulsion du ministère des Affaires culturelles d’André Malraux, la société française serait entrée dans un « âge du patrimoine », on serait fondé à penser que l’invention du patrimoine ethnologique en a été un moment à la fois éclairant et singulier, à la fois le point d’orgue et le moment ultime. Éclairant parce qu’il aurait été la pleine expression de cet âge : prenant le pas sur le monument, le patrimoine devenait culturel puis immatériel, et étendait au peuple et à ses œuvres le périmètre de ce qui doit être distingué, au nom de la nation en même temps qu’à celui de la connaissance savante. Singulier car il introduisait cependant une note dissonante dans le cours réglé de la « raison patrimoniale » en accompagnant sinon en orchestrant un certain débordement des institutions, la « démocratisation » de la cause patrimoniale, sa diffusion et sa saisie dans les mondes sociaux.
En somme, le patrimoine ethnologique serait au cœur de l’ambivalence même de l’âge du patrimoine où l’expérience du passé se confond avec celle de la culture et devient non seulement une affaire de tous, dans laquelle tout un chacun peut faire valoir ce qu’il a et ce qu’il est, mais un argument significatif de « développement », maître-mot performatif du local au national dont l’usage se répand au même moment. Et ainsi, il aurait été le ferment de la formation d’un « espace public » du patrimoine dont l’extraordinaire sinon monstrueux déploiement aujourd’hui dans les mondes académiques, associatifs, administratifs, politiques, économiques… ne connaît guère de limites. C’est cette position singulière du patrimoine ethnologique et de sa politique qui sera interrogée lors de ce colloque qui prolonge un séminaire tenu en 2010-2011, (« L’instauration du patrimoine ethnologique. Projet scientifique, catégorie d’action publique et instrument de gouvernementalité : retour sur une expérience française », IIAC-LAHIC, Paris), et en constitue l’aboutissement.

Instrument de l’action publique – celle-ci étant confiée à un service de l’État, la Mission du patrimoine ethnologique (MPE), service qui a figuré dans l’organigramme du ministère de la Culture de 1980 à 2010 – mais aussi notion théorique, la catégorie de patrimoine ethnologique a été constituée à un point de rencontre opportun relevant de l’intéressement réciproque entre science et administration. S’agissant de la science, à la fin des années 1970, la question à l’ordre du jour est la constitution disciplinaire d’une « ethnologie de la France ». Son objet, le « proche », est au cœur de débats interrogeant sa légitimité scientifique, quand elle est en même temps confrontée à la création de lieux académiques propres, dans les établissements d’enseignement supérieur comme dans ceux de recherche. À l’œuvre dans des institutions muséales (musée national des Arts et Traditions populaires et autres), elle reste contrainte par la matérialité de l’objet de musée et soumise aux motifs du témoin et de l’urgence, de la typologie et de la série. Quant à l’administration, en forme de politique publique placée sous l’égide de la direction du Patrimoine du ministère, il s’agit de réguler – dans leurs dimensions régionalistes mais pas uniquement – des activités patrimoniales désignées comme amateures qui alors foisonnent et sont souvent liées à des mouvements de contestation du centralisme étatique. Considérer la MPE comme ensemble pratique de régulation des activités patrimoniales suppose de s’intéresser aux particularités de sa configuration. À cet égard, trois traits méritent d’être soulignés : une indécision de positionnement technique et politique, au profit d’une fonction de financement de la recherche, qui aura pour effet à terme d’interroger sa place et son avenir au sein du ministère de la Culture ; une absence de point d’appui législatif, à la différence d’autres politiques patrimoniales (concernant les monuments historiques ou l’archéologie) ; une modulation des actions selon les niveaux administratifs et moments politiques.

Ces points constituent autant de pistes à explorer et feront l’objet de communications, qu’elles relèvent spécifiquement d’une approche institutionnelle ou qu’elles proposent plus généralement de contribuer à une mise en perspective de la notion de patrimoine ethnologique.

Les séances seront organisées autour des thèmes suivants :

  • Intéressement réciproque et dispositifs de gouvernement : les liens du savoir et du pouvoir ;
  • Le moment du patrimoine ethnologique comme écho au « moment de l’ethnologie de la France » ;
  • Une recherche impliquée ?
  • L’expertise, entre science ethnologique et initiatives citoyennes ;
  • Entre pays, régions et nation : les échelles du patrimoine ethnologique ;
  • Musique, danse, conte, théâtre… patrimoine ethnologique et création ;
  • Après le patrimoine ethnologique.

Renseignements

Centre Georges Chevrier
http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC

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