Déontologie des musées/déontologie de la recherche, par : ICOM France & Inp

Soirée débat déontologie, le 9 mars 2021 – 18h / 21h – sur plateforme numérique

Il n’est pas besoin de faire appel à la science pour savoir que les musées apportent du plaisir.  Quoique.  Les neurosciences ont beaucoup à nous dire sur « l’explosion de substances chimiques (cortisol, endorphines, ocytocine…) qui nous percutent lorsqu’une œuvre d’art croise notre regard »*.

Déontologie des musées/déontologie de la recherche

Les liens entre recherche et musées sont complexes. Aux yeux des « professionnels de musées », la recherche fait partie inhérente du métier. Mais de quoi parle-t-on au juste, de quelles disciplines, de quelles pratiques, de quelles connaissances ? Aborder cette question maintenant, alors que, de par le monde, les musées fermés puis rouverts, refermés puis sur le point de rouvrir… se concentrent principalement sur la conservation de leurs publics, rejoint assurément l’actualité : 

  • On l’a vu ces derniers mois, c’est au moment-même où tous les esprits étaient concentrés sur l’urgence sanitaire qu’ont surgi, sur le devant de la scène, émanant de nombreux coins du monde et de nombreuses « communautés », des interrogations vives sur ce que sont les musées, d’où viennent leurs collections, d’où ils tirent leur légitimité à en faire le récit … 
  • On y revient sans cesse avec la nouvelle définition du musée que l’ICOM a proposée sans probablement anticiper l’ampleur des controverses que cela amènerait. Sociologues, muséologues, historiens, juristes, lexicologues… continuent d’argumenter ce qui fait qu’un lieu est – ou n’est pas – un musée. Peut-être, peut-on d’emblée retenir l’hypothèse que, justement, ce qui distingue un musée, (outre sa collection) d’un centre culturel ou de loisir, c’est que sa démarche est en soi scientifique : la documentation sur les collections, la connaissance des objets, de leur histoire et de leur parcours… relèvent d’un processus d’investigation méthodique caractéristique du processus de « recherche » et le musée se pose, parce qu’il procède ainsi, comme garant du savoir qu’il transmet. Ce qui fait du musée un acteur singulier du « lien social », c’est la confiance ainsi conquise : les publics croient que ce qu’il leur est donné à voir est « vrai », puisé à des sources variées, que les objets sont authentiques et que, quel que soit le domaine – arts, sciences, société, environnement… – le propos est validé. Pour le grand public, le musée n’est sans doute pas perçu comme une « institution scientifique » mais la rigueur scientifique est au cœur de sa déontologie. C’est d’ailleurs une obligation des musées de France de construire un projet scientifique et culturel.

Science des musées, sciences pour les musées, les musées sont-ils enclins à être de plus en plus « scientifiques » ?

Pourtant, ce lien de confiance est fragile : les récents débats si vifs sur les conditions dans lesquelles certains objets ont été acquis et déplacés, ont révélé le retard et sans doute l’insuffisance de la recherche effectuée sur leurs provenances ; l’évidence du rôle des musées en matière de recherche s’en est trouvée interrogée. Tout le monde s’accorde aujourd’hui à considérer que le débat sur les « restitutions », et plus largement sur la place et le sens des objets, ne peut avancer sereinement qu’avec de la recherche, beaucoup de recherche. Mais ce consensus ne dit pas quelles sont les disciplines qui concourent à cette expertise, comment elles coopèrent entre elles, comment s’organisent les relations de travail entre chercheurs et (autres) professionnels de musée ? Qui fait quoi et comment les uns et les autres articulent-ils leurs travaux, à travers quels liens fonctionnels, permanents ou contractuels ?… D’un pays à l’autre, les profils des professionnels et ces relations diffèrent et on mesure l’enjeu de construire des ponts entre des systèmes de recherche souvent très différents et de convoquer la multiplicité des disciplines concernées par ces recherches : on pense à l’histoire, à l’histoire de l’art naturellement, mais aussi aux sciences « dures » requises pour dater, authentifier les matériaux, identifier parcours et « accidents », … aux sciences humaines et sociales voire politiques lorsqu’il s’agit de restituer un phénomène social ou de saisir les implications diplomatiques ou d’approfondir ce que certains courants sous-tendent, la « décolonisation » par exemple.

Il est important pour tous les professionnels de mieux saisir la nature et la diversité du socle recherche / musée, ici et dans le monde : qu’elles soient le fait des professionnels dans les musées, de ceux qui travaillent sur les musées (sociologues dont c’est l’objet de recherche, par exemple), de ceux qui travaillent pour les musées : les laboratoires des organismes scientifiques et des universités et, en France, du si original C2RMF (Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France).

Le débat du 9 mars n’ambitionne pas de réponse à toutes les questions mais il vise, pour les professionnels qui le suivront, à mettre en évidence la place de l’esprit scientifique dans la pratique et dans la formation aux métiers des musées. L’enjeu de nourrir cet esprit de recherche est décisif pour que les musées restent au cœur du dialogue scientifique entre les cultures, pour éclairer l’histoire de nos sociétés y compris les histoires douloureuses. On sait les risques de l’instrumentalisation et de la politisation inappropriée, même dans les musées.

L’actualité de la pandémie n’a pas ralenti ce débat ; peut-être au contraire – par un effet de résilience –  ouvre-t-elle la possibilité de renouveler nos approches du lien musées / recherche. On pense au dialogue qui pourrait rapprocher, en ce moment-même, les experts scientifiques de la santé et ceux des musées pour envisager différemment leur rôle, moins sous l’angle de la circulation d’un virus que sous celui, désormais souvent souligné, de ressource face aux maux de notre société, certains musées à l’étranger suggèrent même le musée sur ordonnance…

Déjà, les musées engrangent les « objets témoins du COVID », car bientôt, il leur appartiendra de faire mémoire, par ces traces tangibles, de ce qu’aura été cette étrange histoire. 

* « Qui a conscience du tumulte intérieur qui naît en nous et de l’explosion de substances qui nous percute lorsqu’une œuvre croise notre regard? » Christophe Averty, « Quand la science prouve que l’art fait du bien », in Le Monde, 22 octobre 2020. Article en ligne: https://www.lemonde.fr/culture/article/2020/10/22/quand-la-science-prouve-que-l-art-fait-du-bien_6056952_3246.html (17/02/2021)

Cette séance est organisée en direct sur une plateforme numérique et se tiendra simultanément en français, en anglais et en espagnol.

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